« De plus en plus de Français se lancent en Asie », Antoine Blanc et Florent Pain / Entrepreneurs d’Asie

Antoine Blanc et Florent Pain vont à la rencontre des entrepreneurs installés en Asie. Avant de quitter Singapour pour l’Indonésie, ils nous parlent de leur expérience et dressent un premier bilan de leur aventure. Je suis très heureux de vous les présenter.

Florent et Antoine

Florent et Antoine

Comment est venue l’idée d’un tour d’Asie à la rencontre d’entrepreneurs expatriés ?

Florent : Nous sommes tous les deux étudiants à HEC et très attirés par l’entrepreneuriat. En cours, ce sont toujours les mêmes exemples qui reviennent. On nous parle des réussites entrepreneuriales dans le Web, très attrayantes, car elles donnent l’impression que n’importe qui peut se lancer. Ce sont des réussites très médiatiques, je pense à Xavier Niel, Marc Simoncini, Jacques Antoine Granjon. Nous avons voulu montrer des exemples beaucoup plus atteignables, des réussites moins fulgurantes mais tout aussi respectables. On estime que c’est d’autant plus courageux de créer son entreprise dans un autre pays que le sien.

L’idée selon laquelle l’Asie est une terre d’opportunité est largement diffusée, mais cela contraste avec le faible écho médiatique que reçoivent dans leur pays d’origine les entrepreneurs expatriés. C’était une manière de leur rendre justice.

Depuis le début de notre voyage, nous avons pu constater qu’il y a de plus en plus de Français à se lancer en Asie.

Antoine : Au-delà de leur histoire entrepreneuriale, ces expatriés ont accumulé une grande connaissance du pays où ils vivent. Quelqu’un qui est présent depuis dix ans au Vietnam ou au Laos est particulièrement bien placé pour vous aider à comprendre la manière de faire des affaires propre à chaque pays. C’est une porte d’entrée idéale.

Comment le projet s’est structuré ?

Florent : La décision a été prise durant notre année de césure, en février 2012. Désormais, HEC accepte la possibilité de prendre une deuxième année de césure pour se consacrer à des projets personnels. Nous avons démarché des sponsors et créé la structure associative. Nous avons adapté notre itinéraire aux sommes dont nous disposions. L’avantage de l’Asie du Sud-Est est le faible coût de la vie sur place. C’est très facile en dormant dans des auberges de jeunesse et en mangeant dans la rue. Dans les grandes villes que nous traversons, il y a souvent des camarades de promotion, nous les contactons via Facebook. Ils nous donnent des astuces à chaque fois.

Antoine : Les personnes que nous rencontrons nous invitent régulièrement au restaurant ou chez elles. Nous avons eu la chance d’être logés à Singapour et Hong Kong, où c’est très cher. Un ancien HEC nous a hébergés à Hong Kong par exemple. Les gens sont contents de discuter avec nous et de partager notre périple.

Le parcours initial prévu par Antoine et Florent. Ils ne pourront pas aller en Inde et recherchent quelqu’un pour reprendre le flambeau…

Quelles sont vos expériences professionnelles ?

Antoine : J’ai été en stage à New York chez Pernod-Ricard. J’ai aussi fait du conseil à Paris. J’avais envie de voir autre chose, d’être plus libre.

Florent : J’ai fait des stages chez SFR et Vivendi. C’était enthousiasmant de se lancer dans cette aventure en sortant de grands groupes français aux structures assez rigides.

Aviez-vous déjà eu l’occasion d’aller en Asie ?

Antoine : J’ai fait cinq ans de chinois et j’étais déjà très porté sur l’Asie. Mon frère a passé pas mal de temps à Singapour, Taiwan et Nankin. J’ai eu l’occasion de lui rendre visite. J’avais été voir des amis au Cambodge et j’avais également découvert la Corée.

Florent : J’étais parti six semaines en mission humanitaire au Vietnam en 2010, à Da Nang , pour Bread of life.

Qui sont les entrepreneurs que vous rencontrez ?

Antoine : Nous veillons à avoir une grande variété de profils. Il y a des gens qui sont partis comme jeunes diplômés, d’autres après une première carrière. Certains n’ont pas fait d’études, d’autres sont sur-diplômés.

Florent : Au-delà de la variété des parcours, deux problématiques reviennent dans la bouche de ces entrepreneurs : le financement et le recrutement.

Au Cambodge ou au Laos, l’accès au crédit est très difficile. Nous rencontrons des entrepreneurs qui se sont endettés personnellement pour lancer leur entreprise.

En matière de recrutement, même à Singapour ou Hong Kong, il est difficile de trouver des compétences parmi les jeunes qui sortent de l’université. Il y a un énorme travail de formation au sein des entreprises et un système pour fidéliser les employés. Comme le taux de chômage est faible, il est très difficile de retenir les salariés. Il faut offrir de bons salaires et des avantages.

Dans vos premiers portraits, les entrepreneurs travaillent surtout dans le tourisme et la restauration, comment l’expliquez-vous ?

Antoine : Au Cambodge, on trouve en effet beaucoup d’entrepreneurs étrangers dans le tourisme ou l’hôtellerie en lien avec le profil de l’économie du pays. On va dire que c’est quelque chose qui est facile à faire, qui ne demande pas beaucoup d’investissement et que le tourisme est un secteur porteur dans les pays pauvres d’Asie du Sud-Est. Ce n’est pas quelque chose lié à la gastronomie française, il y a beaucoup d’Australiens qui ont des restaurants.

Un exemple de portrait : Olivier Cerejo-Meneses, réalisateur de clips musicaux pour Booba et La Fouine, devenu directeur d’une agence immobilière au Cambodge

Comment faites-vous pour trouver des entrepreneurs à interroger ?

Florent : Dans le cadre de notre partenariat avec Les Echos, notre périmètre est limité aux entrepreneurs français. Nous passons par les chambres de commerce françaises. Ensuite, les entrepreneurs interviewés ont tendance à nous recommander d’autres personnes à rencontrer.

En dehors des Français, avez-vous croisé des entrepreneurs expatriés qui vous ont marqué ?

Florent : Cary Michael Gray, un Américain qui s’occupe de l’hôtel Starwood à Taïwan. Il en est à son vingtième hôtel ouvert en Asie. C’est l’archétype de l’homme d’affaires.

Antoine : Il a grandi dans un ranch et a vendu son premier buffle à 8 ans. Il était millionnaire à 20 ans en organisant des soirées dans la Silicon Valley. Il roulait en Porsche à 22 ans, mais a tout offert à une Brésilienne qui l’a quitté. Toute sa vie est une histoire à dormir debout.

Florent : Il joue un peu le repenti, se consacrant depuis deux ans à son hôtel W à Taïwan. C’était un pari fou, car il y a encore peu de touristes à Taïwan. Il nous a dit « toute ma vie j’ai entendu parler de P&L, de profit and loss, mais le vrai P&L, c’est peace and love ».

Antoine : Nous avons aussi rencontré un ancien banquier à Genève, parti à 30 ans vivre dans la jungle en Thaïlande pour organiser des treks. Il possède également plusieurs bars dans la région.

Florent : C’est un peu le cliché des gens qui ont tout lâché pour une sorte d’eldorado, où on trouve des filles facilement. À côté, il y a des gens très motivés qui viennent avec une idée précise en tête, pas seulement en baroudeurs qui rêvent d’ouvrir des bars et des boîtes de nuit.

Hôtel W à Taïwan (Starwood/Flickr)

Hôtel W à Taïwan (Starwood/Flickr)

Depuis votre départ, comment votre projet professionnel a évolué ?

Florent : Quand on entend parler dans la presse française des opportunités en Asie, cela reste abstrait. Le fait d’être présent sur place, d’être au contact de gens qui entreprennent, cela donne envie de se lancer. Nous sommes très tentés de démarrer ici après le diplôme. Néanmoins, le conseil commun donné par les entrepreneurs est de d’abord se construire un réseau sur place en tant que salarié. Cela permet aussi de comprendre les mentalités et comment les affaires fonctionnent. C’est très casse-gueule selon eux d’arriver de France en voulant dupliquer quelque chose qui a marché dans l’Hexagone. Ce sont des pays très différents de la France et au sein de la région Asie du Sud-Est, ces pays sont aussi très différents entre eux.

Antoine : Si on prend le marché du travail pour les jeunes diplômés en France, il y a des emplois bien payés et sans doute intéressants. Mais on ne peut pas retrouver le niveau de responsabilité et la rapidité de progression de carrière offerts aux jeunes professionnels compétents qui s’expatrient en Asie. Pour les gens qui n’aiment pas la hiérarchie, qui veulent se sentir libres, construire des choses, c’est très intéressant.

Florent : C’est très lié aux disparités de développement de la région. Si tu as un profil très qualifié et que tu veux faire de la finance comme senior, tu peux travailler dans une grande banque à Singapour ou Hong Kong, comme si tu vivais en Europe. Avec le même profil, tu peux décider d’aller dans une entreprise en plein développement et tu peux te retrouver à la tête d’une usine. À 1h d’avion, il y a des pays avec des niveaux de développement extrêmement différents, cela donne de très grandes opportunités.

Antoine : Nous avons rencontré un entrepreneur qui est en train de délocaliser ses usines au Bangladesh, car la Chine est devenue trop chère. Il recherche un stagiaire pour être le directeur d’une usine de production de 200 salariés au Bangladesh. Qui propose des stages de ce type en Europe ?

Quelle est la suite de votre voyage ?

Antoine : l’Indonésie, le Vietnam et la Birmanie.

birmanie

Birmanie (Deport/Flickr)

Florent : Nous sommes impatients d’aller en Birmanie car beaucoup d’entrepreneurs nous en parlent en interview. C’est un pays qui vient de s’ouvrir et qui a besoin de s’équiper. Les entrepreneurs du tourisme sont très intéressés, car les touristes européens et américains sont de plus en plus nombreux à y aller sans trouver les infrastructures adéquates. Les ressources naturelles comme le pétrole ou le bois sont également un motif d’attraction. Il y a aussi un enjeu sur la mécanisation de l’agriculture. Tout le monde est à l’affût, comme pour le Cambodge il y a quelques années.

Le processus est d’ailleurs intéressant pour tous les pays qui s’ouvrent. Il y a d’abord une première phase « Far West », où les têtes brûlées débarquent quand le pays est en pleine restructuration. Ils lancent des business à petite ou moyenne échelle, en trempant dans des choses souvent louches. Dans un deuxième temps, cinq ou dix ans plus tard, une nouvelle génération arrive. Ce sont des gens qui ont étudié le pays, qui connaissent leur métier et qui arrivent avec leur business plan. La Birmanie me semble encore dans la première phase. Mais d’ici quelques années, ce sera très intéressant de s’y lancer.

Antoine : Beaucoup d’entrepreneurs disent que c’est trop tôt pour investir en Birmanie. Sauf avec de très gros moyens.

Quels conseils donneriez-vous à ceux qui hésitent à s’expatrier ?

Florent : De venir sur place ! Il y a deux jours, nous avons rencontré quelqu’un venu par hasard à Singapour lorsqu’il était jeune diplômé en architecture et s’ennuyait en France. Il a aujourd’hui sa propre entreprise. Il a rencontré sa femme à Singapour et il a trois enfants. Ce ne sont pas des réussites à la Steve Jobs, mais à une échelle beaucoup plus personnelle et humaine, ce sont de très belles histoires.

Après le diplôme, où aimeriez-vous retourner en Asie ?

Antoine : Mon pays « coup de cœur »  est le Cambodge, mais ce n’est pas forcément facile d’y trouver du travail.

Florent : Hong Kong, car tout le monde est dynamique et parle business. Ceux qui vivent depuis pas mal d’années là-bas finissent par trouver cela insupportable. Mais je n’ai jamais vu une telle volonté de faire du business.

Antoine : Nous y étions au moment du nouvel an chinois. Dans un musée, il y avait un stand où les enfants pouvaient écrire leurs vœux et les mettre dans une boîte. Il y avait une dizaine de réponses préconçues sur les papiers, huit d’entre elles se rapportaient à « faire beaucoup d’argent avec peu de capital ».

Florent Pain et Antoine Blanc

Vous pouvez suivre les portraits d’Antoine et Florent sur le site Les Echos Entrepreneurs.

2 réflexions sur “« De plus en plus de Français se lancent en Asie », Antoine Blanc et Florent Pain / Entrepreneurs d’Asie

  1. Bonjour Antoine et Florent. Merci, vous ave parle un peu sur l’Asie mais pourquoi vous ne continuez pas jusqu’a Sumatera-Indonesia? Ici, il ya aussie des francaises

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