L’avenir des plates-formes collaboratives, Ouriel Darmon / TripnCo

Nouveau portrait dans le cadre d’une série consacrée aux entrepreneurs du voyage. Aujourd’hui, Ouriel Darmon, co-fondateur de TripnCo, invité à parler à l’ITB, le plus grand salon européen pour les professionnels du secteur du tourisme, qui se déroulait début mars à Berlin..

Que propose TripnCo ?

A la frontière entre un comparateur de voyages d’un genre nouveau, et une plateforme de petites annonces, TripnCo permet de trouver des bons plans de voyage et des personnes avec qui les partager. Le but est de partager des moments de vie, faire des rencontres, partager des coûts (location d’un bateau, coût d’un guide …), partager des compétences ou réduire son empreinte écologique.

tripnco

TripnCo

Comment est venue l’idée ?

Nous sommes partis de deux besoins. D’une part, comment faire des rencontres en vacances lorsque l’on est célibataire ? Le Club Med est souvent évoqué comme une bonne option. Pourtant, ce n’est pas parce que l’on est célibataire que l’on souhaite passer ses vacances dans un hôtel-club. La découverte d’un pays, le tourisme d’aventure, le tourisme sportif (plongée, kitesurf …) en petit groupe pourraient se révéler de bonnes alternatives. Cependant, la composition et l’état d’esprit du groupe en cours de constitution sont des informations essentielles, qui ne sont accessibles chez aucun voyagiste.

D’autre part, les expériences qui peuvent marquer votre vie comme une croisière en voilier ou l’ascension du sommet d’un volcan à plus de 5000 mètres avec 4X4 puis guide et équipement, ne sont souvent réalisables qu’en trouvant d’autres voyageurs avec qui partager les coûts. Vous avez toujours la possibilité de motiver d’autres personnes sur place, mais c’est assez aléatoire.

Nous nous sommes rendu compte qu’il manquait jusqu’à présent une plate-forme pour réaliser ses rêves de voyage et les rendre abordables en trouvant d’autres voyageurs avec qui les partager.

Qui sont vos clients ?

Que ce soit pour partager un coût, faire des rencontres, trouver d’autres personnes qui ont les mêmes passions, nombreuses sont les personnes cherchant des co-voyageurs avec qui partager tout ou partie de ses vacances. TripnCo permet de diffuser facilement un projet de voyage à ses amis, ses contacts (sur Facebook, Gmail…) ou à des personnes partageant les mêmes passions.

Le site va bien au-delà du besoin du célibataire de faire De nouvelles rencontres. Nous avons par exemple de nombreuses demandes de parents qui cherchent à partir avec des familles ayant des enfants du même âge, ou des kitesurfeurs qui recherchent d’autres passionnés pour organiser des escapades le weekend. Les besoins sont en fait très divers.

À l’heure actuelle, nous proposons deux types d’offres. Tout d’abord, il y a des voyages d’aventure ou sportifs complets proposés par des voyagistes partenaires (Voyageurs du Monde, Nomade Aventure, Allibert trekking, Cheval d’Aventure, Le Vélo Voyageur, etc.). Ensuite, il y a les activités proposées par les membres eux-mêmes. Le site est totalement ouvert et collaboratif. Parmi les membres nous avons des particuliers qui cherchent à motiver leurs proches ou trouver des co-voyageurs, mais aussi des professionnels qui proposent leurs services. La semaine dernière par exemple, un guide népalais, parlant français, a proposé ses services pour l’organisation d’un trek pour découvrir les Annapurnas.

Quelles sont vos expériences précédentes ?

Avec mon cofondateur Damien Angéli, nous avons travaillé ensemble pendant trois ans, en conseil en stratégie et organisation d’entreprise. En parallèle de son activité de consultant, Damien a lancé un réseau social pour universités qu’il a ensuite transformé en réseau social pour entreprises.

De mon côté, j’ai eu l’opportunité de partir en Argentine pour travailler pour l’organisation américaine Endeavor. Depuis 1997, Endeavor accompagne des entrepreneurs locaux des pays d’Amérique latine en partenariat avec des cabinets de conseil comme le BCG. Les consultants volontaires peuvent être détachés dans des entreprises en Amérique latine. Le but d’Endeavor est de favoriser la croissance à long terme de pays en développement en sélectionnant des pépites locales et en les aidant à accélérer leur développement par du mentorat. J’ai notamment accompagné des entrepreneurs argentins dans leur stratégie de développement à l’international.

Ouriel Darmon

Ouriel Darmon

Comment le projet TripnCo s’est structuré ?

Avec Damien, nous avons commencé à discuter du projet il y a deux ans. Il a fallu un an pour développer le site et travailler sur l’ergonomie. Nous avons notamment inventé les concepts de « salle d’embarquement », groupe en cours de composition sur un voyage donné à une date donnée, et le concept de « tribus », sous-communautés affinitaires du site à qui proposer son voyage en priorité.

Notre positionnement étant nouveau, il a fallu réfléchir à la thématique de l’achat social en général, et à l’achat social de voyages en particulier. Pour le développement du site, nous avons établi un partenariat avec la société Novactive, spécialisée dans le développement et présente en France, au Canada et en Tunisie. De prestataire, Novactive est ensuite devenu partenaire en entrant au capital de TripnCo, et apporte ainsi sa puissance d’innovation et de développement. Pour le graphisme, nous avons travaillé avec Robin Souris de Kimidori.

En parallèle du développement de la solution, nous avons eu la chance de rencontrer des tour-opérateurs très réputés qui nous ont fait confiance, comme les responsables du groupe Voyageurs du monde.

Quelle est votre stratégie de communication ?

Nous avons officiellement lancé le site en juin 2012, même s’il nous a fallu ensuite six mois pour le rendre totalement fluide et opérationnel. Nous avons bénéficié d’une très bonne presse, le concept est porteur. Né de la crise, le fait de se mettre à plusieurs pour partager les coûts d’un voyage intéresse les journalistes. C’est la consommation collaborative appliquée au tourisme et au voyage à plusieurs. Nous avons eu aussi l’opportunité pour le lancement de TripnCo de réaliser une conférence de presse chez Frenchweb.

Nous avons gagné également des concours. Fin 2011, nous avons remporté la minute pitch de Frenchweb, ce qui nous a permis de participer à l’événement LeWeb. À cette occasion, nous avons réalisé une vidéo avec un ami qui ressemble beaucoup à Kyan Khojandi de la série Bref.

La vidéo façon Bref réalisée pour Frenchweb

En septembre dernier, nous avons remporté la première édition des talents du CERED (Cercle d’Echanges et de Réflexions de la Distribution). Pour nous, c’est une vraie reconnaissance car dans le jury il y avait les dirigeants de Carrefour voyages ou encore de Fnac voyages. Cela nous a permis de gagner en  crédibilité et de faire de belles rencontres. C’est aussi le cas, lorsque l’on est invité à parler au salon international du tourisme à Berlin.

Grâce aux partenariats que nous avons mis en place avec des marques établies, nos clients ont déjà l’assurance d’avoir des prestations de qualité. Ils peuvent se concentrer sur la constitution du groupe qui leur correspond. Cependant, avoir le réflexe de passer par TripnCo, faire connaître notre service, nos partenariats uniques, nos outils d’organisation, pour s’organiser à plusieurs, ou pour trouver des covoyageurs avec qui réaliser une expérience inoubliable, est aujourd’hui l’enjeu majeur pour TripnCo. Pour cela nous pouvons compter sur certains atouts : l’aspect viral du site, le référencement naturel, mais aussi sur des investissements en référencement payant sur Google et Facebook.

Ouriel Darmon et Damien Angéli de TripnCo aux talents du CERED

Quels sont vos défis ?

TripnCo est disponible en Anglais, mais pour l’heure, l’essentiel de notre communication est dirigé vers le marché français. A moyen terme, nous souhaitons étendre notre communauté à l’international et rencontrer davantage de partenaires étrangers. Cependant nous sommes aujourd’hui en train de préparer une levée de fonds pour conforter notre notoriété sur le marché français.

Qu’allez-vous aborder sur scène à Berlin à propos des plates-formes collaboratives ?

Nous allons parler de trois tendances pour les réseaux collaboratifs.

D’une part, l’internationalisation qui est désormais l’enjeu de la plupart des grands acteurs de la consommation collaborative, qui ont fait leur preuve sur leur marché local. C’est notamment le cas de TaskRabbit sur l’entraide entre voisins, dans les traces de AirBnB sur la location de chambres chez l’habitant qui réalise déjà une bonne partie de son chiffre d’affaires à l’étranger, ou encore de Covoiturage.fr qui cherche à se développer rapidement en Europe, avec Blablacar.

D’autre part, la deuxième tendance est la montée des solutions sur mobile. Il est facile de passer une annonce en quelques clics et de la faire connaître à ses voisins en utilisant les possibilités permises par la géolocalisation.

Enfin, ces réseaux collaboratifs permettent l’émergence de nouvelles habitudes, le développement par exemple du micro-entrepreneuriat, ou encore la recherche de nouvelles expériences authentiques et humaines.

Nous allons aussi évoquer le rapport parfois compliqué ou au contraire constructif entre les acteurs de l’économie collaborative et ceux de l’économie traditionnelle.

TripnCo a justement la particularité de travailler avec des acteurs traditionnels de l’industrie du voyage, quelles sont les stratégies que ces acteurs adoptent face au développement de la consommation collaborative?

Il y a trois types de réactions. Certains font du lobbying auprès du législateur jugeant comme une concurrence déloyale le fait que des particuliers puissent s’improviser hôteliers, restaurateurs ou chauffeurs de taxi.

D’autres intègrent les pratiques nouvelles. Les taxis G7 ont lancé WeCab en reprenant le concept de taxi partagé. Voyages-SNCF propose de voyager entre amis. Un groupe automobile comme General Motors a lancé RelayRides, un système de partage de voiture entre particuliers avec Google.

L’Islande avec Allibert Trekking

Enfin, des marques traditionnelles peuvent ajouter une dimension collaborative à leurs offres. Nous travaillons par exemple avec Allibert trekking. Ce voyagiste renommé dans le trekking fait voyager chaque année près de 40 000 personnes sans passer par des re-distributeurs, uniquement par de la vente en ligne sur leur site, ou à travers leur catalogue. Avec TripnCo, ils tentent une autre approche, complémentaire, de distribution de leurs voyages : la constitution de groupes de passionnés, la diffusion sur les réseaux sociaux, et l’utilisation de nos outils d’organisation faciles et ludiques. TripnCo a donc une proposition de valeur complémentaire et non concurrente de celle des acteurs établis. Nous sommes à la fois une nouvelle plateforme d’échange entre co-voyageurs, et un relais de croissance pour nos partenaires.