« Casser les codes de l’industrie du voyage », Gersende Cherrier / TravelRoad

Gersende Cherrier, fondatrice de TravelRoad, évoque son parcours et nous présente son application pour mobiles et tablettes. L’occasion de parler aussi avec elle des perspectives ouvertes par le développement du « m-tourisme ».

TravelRoad

TravelRoad

Que propose TravelRoad ?

Nous sommes une application disponible sur mobile et tablette qui permet à l’utilisateur de construire son voyage sur mesure. L’utilisateur définit son budget, le type de voyage qu’il veut faire (voyage de noces, en couple, en famille, en solitaire), ses centres d’intérêt (faune, flore, art, culture, sports nautiques), le type de zone géographique où il veut aller (mer, montagne, forêt, etc.).

Ensuite, l’application aide l’utilisateur à construire son voyage : suggestion d’étapes pour l’itinéraire (en commençant par les aéroports internationaux du pays de destination), suggestion d’hôtels pour chaque étape en lien avec le budget défini (hôtels de charme, auberges pour backpackers, etc.), suggestion d’activités en fonction des goûts du voyageur, solution optimale de transport entre deux étapes. Si la personne arrive à Sydney, l’application lui propose d’autres étapes logiques en indiquant ce qui est le plus facile à aller voir ensuite.

Une fois que l’utilisateur a défini son voyage, une estimation du prix du voyage est donnée et il est mis en relation avec une agence de voyages installée dans le pays de destination. L’application sert alors d’interface d’échange entre l’utilisateur et l’agence, jusqu’à la réservation.

Arrivé sur place, l’utilisateur retrouve tous ses documents de voyage dans l’application (vols, réservations d’hôtel). Il peut partager son voyage sur les réseaux sociaux. Il reçoit également des notifications en fonction de sa géolocalisation et de ses goûts : événements, points d’intérêts, etc.

Ecran d'accueil TravelRoad sur l'iPad

Ecran d’accueil TravelRoad sur l’iPad

Comment est venue l’idée ?

Je travaillais chez Voyageurs du monde. En discutant avec des couples pour l’organisation de voyages de noces en Australie, j’ai réalisé que c’étaient toujours six ou sept critères qui revenaient dans la définition du parcours. Il me paraissait tout à fait possible de faire cette recherche de manière ludique chez soi, avec sa tablette ou son téléphone, tout en bénéficiant d’un accompagnement humain.

Je suis aussi partie du constat qu’il y a tellement d’intermédiaires dans l’industrie du voyage qu’en général on se retrouve à payer 25 % plus cher par rapport au tarif que pourrait proposer un agent local. Les hôtels travaillent avec des agences locales « réceptives ». Ces agences travaillent avec les tour-opérateurs, ce sont eux qui construisent les formules de voyages. Enfin, les tour-opérateurs vendent les formules à des agences de voyages en France. Tout le monde prend une commission au passage.

Nous permettons de contourner cette chaîne en mettant en valeur le travail des agents locaux et en leur permettant de ne plus être sur un marché B2B où leur survie dépend des grands groupes. Ils peuvent être directement en contact avec le client.

Quelle est votre cible ?

Nous visons les CSP+ urbaines, âgées de 25 à 40 ans et équipées en iPhone et iPad. Les jeunes sont potentiellement les plus intéressés, notamment ceux qui sont en couple. Pour le voyage de noces, il y a sans doute encore besoin d’un accompagnement dès le départ et nous envisageons des partenariats avec des acteurs qui le font très bien (1001 Listes, Le Printemps, etc.).

Nous avons surtout développé l’Amérique latine (Argentine et Colombie par exemple) et l’Afrique australe (Afrique du Sud notamment). Il faut dire que nous avons eu la chance de trouver les bons partenaires pour ces destinations. C’est l’Afrique du Sud et le Brésil qui sont les plus populaires auprès de nos utilisateurs.

Quelle est votre stratégie de communication ?

Nous avons eu une bonne couverture des sites spécialisés sur les start-ups (Frenchweb, TechCrunch) et des blogueurs qui aiment recommander des applications à leurs lecteurs. Cela génère des pics de téléchargements chez les gens curieux de tester, mais ce n’est pas la cible et cela génère peu de conversions.

Pour vraiment attirer des gens qualifiés, il faut aller vers la presse spécialisée comme le magazine GEO et le référencement web payant.

Quelles sont vos autres expériences ?

Après mes études en école de commerce à l’ISG, j’ai travaillé dans la gestion de projets Web jusqu’en juillet 2008, pour une agence de communication digitale. J’avais fait un stage de six mois chez L’Oréal en marketing Web aussi. Travailler sur les interfaces mobiles et tactiles était nouveau.

J’ai vécu en Australie en 2008-2009, à Sydney et sur la Gold Coast. Je travaillais pour Sofitel, ce qui me permettait de voyager. J’ai aussi vécu au Chili. J’ai voyagé un peu en Asie.

C’est à mon retour que j’ai travaillé pendant un an pour Voyageurs du monde à partir de janvier 2010.

Gersende Cherrier

Gersende Cherrier

Comment le projet Travelroad s’est structuré ?

J’ai travaillé six mois sur le business plan pour convaincre des associés avant de créer la société en août 2011.

Au départ, depuis avril 2012, nous étions sur une version bêta très compliquée où les utilisateurs étaient perdus. J’ai eu recours à un prestataire. Nous avions un modèle économique d’affiliation (Opodo, Ebookers, etc.). Ce n’était pas satisfaisant pour nous en termes de qualité (hôtellerie de masse) et surtout en termes de commodité pour les utilisateurs, car il fallait passer par les différents systèmes de réservation et il n’y avait aucun moyen de payer en une fois. C’est encore compliqué de payer sur mobile et tablette, alors autant que ce soit l’agence de voyages locale qui réceptionne directement le paiement.

Nous avons été contactés par des agents de voyages locaux, ce qui nous a donné l’idée de changer notre stratégie. Nous en avons rencontré sur des salons. Il faut trouver des partenaires de confiance, car ce sont les agences locales qui nous versent de l’argent. Ces partenaires sont souvent experts sur plusieurs pays. Ce sont eux qui nous fournissent le contenu qui sert à faire des suggestions de parcours.

Nous avons véritablement commencé notre activité en novembre, avec une version entièrement nouvelle, créée par mon associé actuel. Nous avons laissé tourner afin d’observer le comportement des utilisateurs pour constater finalement qu’il fallait encore simplifier les choses. Il y avait un véritable plébiscite pour les « voyages surprise » avec des formules thématiques, où les utilisateurs venaient chercher l’inspiration.

Nous sommes repartis de ces voyages « surprise » pour retourner vers notre vocation initiale, c’est-à-dire le sur-mesure. Pour cela, nous avons analysé les parcours soumis par les utilisateurs (nombre de jours passés à Sydney, parcours qui vont vers Cairns ou vers Brisbane). Cela nous a permis de rendre beaucoup plus intelligents les algorithmes.

Nous lançons une troisième version d’ici un mois. Il y aura désormais deux manières de commencer à organiser son voyage, un mode « sur-mesure » et un mode « inspiration ». Dans le premier cas, on choisit un pays et on renseigne plusieurs critères. Dans le second cas, on retrouve les voyages thématiques selon des catégories qui veulent casser les codes de l’industrie du voyage. On a par exemple les « radins chics » (avoir des bungalows sur la plage pour pas cher), les « baroudeurs » (Treks), les « évadés », les « lovers », les « immergés », etc.

La définition d'un itinéraire avec TravelRoad

La définition d’un itinéraire avec TravelRoad

Quels ont été vos plus grands gâchis de temps et d’argent ?

Je ne pensais pas que cela prendrait un an et demi. Quand on fait son business plan, on s’imagine que tout fonctionnera au bout de six mois. J’ai commencé avec deux associés en août 2011, mais cela n’a pas marché.

Une autre erreur était de passer par une agence prestataire pour le développement de l’application au début. C’était une très mauvaise idée, la plus grosse erreur de ma jeune carrière d’entrepreneur. C’est de l’argent perdu, avec un résultat final sans rapport avec le cahier des charges comme les gens ne sont pas impliqués dans le projet.

J’ai eu la chance de pouvoir bénéficier de l’espace de coworking du Camping, entre les périodes où de jeunes pousses sont accueillies pour plusieurs mois. J’ai loué un espace et j’ai pu côtoyer des start-ups qui commencent à marcher. Un seul conseil revenait : trouver un associé technique. J’ai réussi à convaincre Damien. Je suis repartie à zéro en juin dernier.

En même temps, le fait d’avoir déjà une application disponible m’a sans doute permis d’attirer Damien. J’ai obtenu un prêt d’honneur de Scientipôle, ce qui est une vraie reconnaissance car cela signifie que notre technologie est innovante.

Nous sommes complémentaires avec Damien et c’est très bien. Jusqu’en décembre, quand nous étions dans les locaux de MinuteBuzz, nous avons aussi eu des stagiaires, l’un au développement, l’autre au community management.

Quels sont les moments d’excitation pour vous ?

Les pitchs ! Je suis timide au départ, je suis stressée sur le moment, mais après je suis vraiment contente. Les gens sont à l’écoute, ils témoignent de leur intérêt pour le projet ou font des compliments. Certains vous approchent directement. Rencontrer des gens qui valident l’idée et déclarent qu’ils ont envie de vous suivre… Ce sont les plus grands moments d’excitation. Quand on sort de l’ombre et qu’on se sent valorisé pour ce que l’on a créé.

Quels sont vos défis ?

Nous cherchons à lever des fonds. Ensuite, nous pourrons recruter des développeurs, notamment pour proposer notre service sur un site Web d’ici octobre. Cela reste déterminant pour rassurer les gens, au moins pour le début de la démarche de construction du voyage, voire pour le paiement. Ils auront tout loisir d’utiliser ensuite leur tablette.

Si la mayonnaise prend, il sera possible d’envisager l’internationalisation et le développement sur d’autres systèmes d’exploitation comme Android. J’ai beaucoup d’autres idées.

Comment voyez-vous le développement du m-tourisme ?

Les grands acteurs du voyage sur le Web sont d’ores et déjà positionnés sur le mobile.

Pour les jeunes pousses qui se lancent dans le m-tourisme, il est compliqué de faire de l’argent rapidement quand on est sur mobile. Il faut se créer une marque et une identité. Un jeu disponible sur mobile peut très vite cartonner, sur deux mois. Alors que pour un voyage, cela reste une décision d’achat longuement mûrie, puisque cela représente un gros budget.

Pour les voyages de noces, je me souviens que les gens s’y prenaient un an à l’avance pour certains. Pour un voyage classique durant l’été, la décision est prise généralement en mars. À côté, il y a ceux qui partent à la dernière minute ou ceux qui se contentent de prendre des billets d’avion puis organisent leur voyage sur place. Il peut s’écouler plusieurs mois avant de se décider. D’où l’intérêt d’avoir une marque suffisamment forte pour que l’utilisateur ait suffisamment confiance au moment où il est prêt à passer par vous pour réserver.

Quelle sera la place du conseil humain dans les années à venir ?

De moins en moins on aura recours aux agences de voyages ayant pignon sur rue, sauf pour les grands acteurs qui apportent un service de qualité, ont bâti une marque et ont des clients fidèles.

Le conseil passera de plus en plus par Internet. Le mobile est l’outil parfait pour les voyageurs, connecté et connectable partout, c’est le couteau suisse du voyage (appareil photo, vidéo, partage sur les réseaux sociaux de sa géolocalisation, etc.).

Le conseil humain passera par la possibilité de chatter directement avec son agent de voyages sur place. Les technologies comme Skype ou Viber sont suffisamment mûres pour pouvoir discuter gratuitement avec un agent local à l’autre bout du monde plutôt que d’avoir à se déplacer dans une agence de voyages en France et payer 25 % plus cher.

Note : en mai 2014, TravelRoad a intégré la plateforme Orchestra.

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