Parler des lieux où l’on n’a pas été : Kuala Lumpur

Kuala Lumpur… La ville n’attire pas. Tout juste se souvient-on de ce commentateur de formule 1, Jean-Louis Moncet, qui hurlait à la radio le dimanche matin pour annoncer la « victoire de Michael Schumacher sur Ferrari, dans ce graaand prix de Malaisie, à Kuuuala Luumpuur, sur le circuit de Sepang, devant David Coulthard sur McLaren-Mercedes. Barrichello 3e, Häkkinen 4e, Villeneuve 5e, Irvine 6e. Jean Alesi termine 11e à un tour. A vous Paris ».

Les tours Petronas semblent également appartenir à une autre époque désormais. Celle des livres de géographie de la fin des années 90. Le film Haute Voltige avec Sean Connery et Catherine Zeta-Jones qui les prend pour décor a mal vieilli. Sans que l’on sache vraiment pourquoi, une confusion s’est installée peu à peu entre les hydrocarbures Petronas et une marque de shampooing, dont les mérites ont un temps été vantés par Marie Pierce et Luc Alphand.

Tours Petronas (Flickr / Bryan T.)

Tours Petronas (Flickr / Bryan T.)

Il faut dire que d’autres tours ont pris le relais dans l’imaginaire. Dans Mission impossible : Protocole Fantôme, Tom Cruise fait des cascades sur le Burj Khalifa de Dubaï.

Kuala Lumpur… A-t-on jamais su situer cette ville précisément ? Arrachée à la jungle et à la vase, à la confluence du Klang et du Gombak, Kuala Lumpur s’est longtemps résumé à des huttes de bambous et à la malaria. Le commerce de l’étain a changé beaucoup de choses, la ville est devenue capitale en 1896.

La crise asiatique de la fin des années 90 a contrarié les rêves de béton de Kuala Lumpur. On en découvre les restes. D’abord un gigantesque aéroport international.

Aéroport de Kuala Lumpur (Flickr / C.Chan)

Aéroport de Kuala Lumpur (Flickr / C.Chan)

Ensuite une capitale administrative, Putrajaya et un « Super Corridor Multimédia », commencé en 1995 et qui semble renvoyer à l’ère du CD-ROM. Cyberjaya accueille les sièges régionaux de diverses entreprises comme Microsoft ou Nokia.

Même les dénominations choisies semblent lointaines, il est difficile de s’imaginer l’euphorie malaisienne d’alors. Les architectes avaient à ce moment-là le projet de relier la Malaisie à l’Indonésie grâce à un pont de 95 km, à travers le détroit de Malacca.

Lorsque l’on parvient au City Centre, le centre d’affaires de la capitale organisée autour des Petronas Towers, on est tenté de revenir au plan de développement initial. Il y est question de construire l’Ampang Tower (50 étages), le Menara Esso (30 étages) et le Mandarin Oriental (645 chambres). Au hasard de la recherche, on retrouve des coupures de presse sur l’effondrement des Highland Towers en décembre 1993 dans un quartier résidentiel de Kuala Lumpur. 48 personnes de la classe moyenne malaisienne et des expatriés y ont trouvé la mort.

Kuala Lumpur City Centre (Flickr / Fulloftravel)

Kuala Lumpur City Centre (Flickr / Fulloftravel)

Kuala Lumpur… À force de fuir les centres commerciaux climatisés, on commence à se dire que la ville mérite d’être envisagée sous un œil différent. On se prend à rêver de découvertes culturelles hors du commun en lisant les avis sur l’Islamic Arts Museum : « les collections sont exceptionnelles comparées au département des arts de l’Islam qui a ouvert au Louvre avec des bouts d’assiettes cassées en mille morceaux », pour Pauline. Le sens de la nuance et des comparaisons « à la française ».

Mais le processus se fait par petites touches. D’abord une visite au musée Guimet, qui fait prendre conscience du bassin de rayonnement culturel de l’hindouisme dans une grande partie de l’Asie du Sud-Est. Ensuite en négatif de ces touristes français qui s’en vont en Thaïlande comme on va à Barcelone, essentiellement pour glaner quelques photos de piscine ou de plage qui susciteront la jalousie des honnêtes gens sur Facebook. Enfin au détour d’une conversation, où l’on entend parler pour la première fois des grottes de Batu. Le déclic.

Grottes de Batu

Grottes de Batu (Flickr / Holidaypointau)

On se fait aider par Google pour l’orthographe, pas très sûr encore de l’endroit où l’on va mettre les pieds, à 10 km au nord de Kuala Lumpur. On déchante un peu en voyant que les grottes sont accessibles par train de banlieue. Métro, grotte, restau. L’ordinaire du tourisme urbain à quelques variantes près.

Pourtant, on sent qu’il y a quelque chose. Enfin. Les grottes de Batu sont présentées comme le plus grand sanctuaire hindou hors de l’Inde. C’est le point de rassemblement en Malaisie lors de la grande fête religieuse de Thaipusam, célébrée par la communauté tamoule entre janvier et février. C’est la naissance de Murugan, appelé également Karttikeya, Skanda ou Subrāhmanya, le plus jeune fils du dieu Shiva et de sa femme Parvati. C’est aussi un moment clé dans la lutte des Dieux contre les esprits démoniaques (Deva contre Asura). Parvati donne en effet à son fils une lance pour qu’il tue le démon Surapadman. Ce qu’il réussit à faire. Mais trêve de mythologie, reprenons le chemin.

Dans les années 1860, les grottes sont exploitées par les paysans chinois qui en extraient le guano. Quelques années plus tard, les commerçants tamouls y installent un lieu de culte dédié à Murugan.

Pour atteindre l’entrée, les visiteurs doivent grimper un escalier assez raide de 272 marches. Ils n’ont qu’une idée en tête au cours de leur ascension : surveiller les macaques crabiers espiègles et voleurs qui sont maîtres des lieux. L’une des grottes est d’ailleurs dédiée à Hanuman, le noble singe qui assista fidèlement Rāma dans sa quête pour reconquérir Sītā.

Grotte principale (Flickr / Auswandern Malaysia)

Grotte principale (Flickr / Auswandern Malaysia)

La grotte principale est formée d’un gigantesque couloir d’environ 100 mètres de long, 30 mètres de large et 100 mètres de haut se terminant par un aven de 50 mètres de diamètre et 200 mètres de profondeur.

“Sympa mais pas exceptionnel”, dit Woodywood86, dans le style Tripadvisor. On retrouve l’omniprésence du béton à en croire certains, les déchets qui jonchent les lieux. Les touristes plus nombreux que les pèlerins enfin.

Pourtant, on veut croire notre guide, qui évoque les mortifications de la fête de Thaipusam, cérémonie interdite en Inde : « l’ambiance du site est particulière, avec une musique transcendante, des Indiens en transe, des singes chapardeurs et l’odeur de l’encens, dans des grottes qui surplombent la ville », écrit Mickaël.

Grotte principale (Flickr / Auswandern Malaysia)

Grotte principale (Flickr / Auswandern Malaysia)

Kuala Lumpur… Il faudrait donc y aller ? Quelqu’un évoque une rue entièrement occupée par des restaurants de plein air, proposant des plats venant de tous les pays d’Asie. Jalan Alor, la rue des éléphants. Un autre me suggère de voir le Sri Mahamariamman, un temple hindou en plein quartier chinois.

Oui, je crois qu’il faut aller à Kuala Lumpur.

Jalan Alor (Flickr / EvlMel)

Jalan Alor (Flickr / EvlMel)

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